Le contexte
Le sel de bore est largement utilisé dans la construction pour le traitement des charpentes et des isolants naturels comme les fibres végétales, la laine ou la ouate de cellulose.
Il assure trois fonctions importantes:
- insecticide (évite le développement des capricornes et autres insectes)
- antifongique (évite la formation de moisissures)
- ignifuge (réduit le risque d’incendie)
Le problème
De nombreux artisans et propriétaires craignent des effets nocifs pour la santé des ouvriers de la construction et des habitants des logements traités au sel de bore. Nous tentons donc ici de faire le point sur cette éventuelle toxicité.
Du côté de la recherche
Des essais sur divers animaux on montré des troubles graves après l’absorption de sel de bore: les voies reproductrices semblent être systématiquement affectées en cas d’exposition à de fortes doses d’acide borique/de borax chez toutes les espèces. Les effets sur l’appareil reproducteur rapportés chez le chien, le rat, la souris et le lapin comprennent l’atrophie testiculaire, l’inhibition de la spermatogenèse, la perte des cellules germinales et les changements dans la morphologie des spermatozoïdes épididymaires. Ces observations sont très effrayantes, mais doivent être relativisées. Comme le disait déjà Paracelse au 16è siècle « Rien n’est poison, tout est poison: seule la dose fait le poison. »
Les toxicologues ont donc cherché à définir la dose maximale sans effets nocifs observables pour l’homme. Ils arrivent à environ 10 mg par jour et par kilo de poids corporel, soit un peu moins d’un gramme pour un adulte. La dose mortelle quant à elle se situerait entre quinze et vingt grammes pour un adulte. Le sel de bore doit donc être manipulé et stocké avec les précautions qui s’imposent (bon étiquetage, mise hors de portée des enfants etc.).
Faut-il renoncer à l’utiliser dans la construction?
Un ouvrier du bâtiment ne devrait pas en principe avaler les produits qu’il utilise, mais il peut en absorber de faibles quantités en respirant ou par contact cutané. Les habitants du logement eux ne sont concernés que par d’éventuelles émanations gazeuses ou de fines particules provenant des matériaux. Nous devons donc évaluer le danger de très faibles doses absorbées sur de longues périodes. L’expérimentation animale est peu efficace pour répondre à ces questions car les rats ne vivent que quelques années et les programmes de recherche ont aussi une durée limitée. On recourt donc à l’observation de personnes particulièrement exposées dans la vie réelle.
Trois situations ont été étudiées:
- En Turquie, certaines populations consomment depuis longtemps de l’eau naturellement riche en sel de bore.
- En Russie, des mineurs ont été fortement exposés à des roches riches en bore pendant des années.
- Il existe de nombreuses préparations médicamenteuses contenant du bore, en particulier en ophtalmologie. On a évidemment observé les effets secondaires de ces préparations.
Dans ces trois cas, les études médicales n’ont montré aucun effet négatif sur la santé ou la fertilité de ces personnes. Il semble donc que le sel de bore ne présente un danger que s’il est absorbé à des doses relativement importantes. Il serait même bénéfique à très faible dose (on le trouve dans des compléments alimentaires), voire indispensable à notre santé. En savoir plus.
Notons ici que les risques liés à l’utilisation de molécules de synthèse issues de la pétrochimie (formaldéhydes, organochlorés, phtalates etc.) est largement plus inquiétant. En effet, ces molécules complexes et inconnues des êtres vivants sont très difficilement éliminées par notre corps et ont une fâcheuse tendance à s’y accumuler au fil du temps. On sait maintenant qu’elles agissent même à très faible dose comme perturbateurs endocriniens ou agents cancérogènes. Rien de tout cela avec le sel de bore qui n’est toxiques qu’à des doses significatives et est naturellement éliminé par l’organisme.
Les alternatives écologiques
Il serait souhaitable de trouver des substances qui auraient les propriétés du sel de bore, sans en avoir la toxicité. Mais n’oublions pas que l’on veut un produit capable d’éliminer les insectes, les moisissures et d’empêcher la combustion du matériau, tout en restant inoffensif. C’est un peu la quadrature du cercle!
Un produit très utilisé en éco-construction est tout simplement la chaux naturelle que l’on mélange à divers types de fibres. Certains fabricants de matériaux écologiques font également des essais avec des produits tels que les acides aminés. Des phosphates d’ammonium remplacent actuellement le sel de bore dans l’isolant à base d’herbe Gramitherm. Rappelons également que certains matériaux sont naturellement résistants aux insectes et aux moisissures. C’est le cas du liège ou des isolants minéraux (vermiculite, perlite etc.)
Synthèse et conclusion
Le sel de bore n’est pas une substance inoffensive et peut même être mortel à forte dose, mais s’il est utilisé correctement, il ne présente pas de réel danger pour les travailleurs du bâtiment ou pour les habitants du logement. Les insecticides fongicides et produits ignifuges de synthèse sont à terme bien plus dangereux pour la santé humaine.